Je suis un héros. Chapitre 2

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Il fait noir complet. Je discerne à peine la nuit clair par l’interstice de mes volets. J’essaie tant bien que mal de garder les yeux fermés mais le souffle de la ventilation bourdonne en continu et me tape sur le système. J’ai chaud, j’ai froid, je tourne et me retourne, je me couvre et me découvre sans fin … Je ne tiens pas en place dans mon lit. Des jours que je ne dors pas, qu’un noeud se forme dans ma poitrine tout au long de la journée jusqu’à ne plus pouvoir se desserrer au moment de devoir m’endormir. 

La journée, mon esprit est tellement absorbé par mon travail, mes collègues ou mes notifications Facebook, Instgram et whatsap, que je ne me préoccupe pas de « lui » , de « moi »? 
La nuit je me retrouve entre moi et moi même, mon esprit, mes contradictions et mes parts d’ombre. Je n’ai plus d’échappatoire possible. Je dois me battre pour vaincre et enfin m’endormir.

Mes pensées défilent…

Mes pensées défilent… Est-ce que j’ai bien fermé ma porte à clef? Mon taf me fait chier, qu’est ce que j’attends pour me barrer? Je fais du surplace dans ma vie… Elle me plait. J’ai pas de couille, de toute façon je suis transparent… J’ai envie d’apprendre le surf, c’est cool le surf. J’ai 36 ans. je deviens vieux. La preuve on m’a appelé Monsieur aujourd’hui. Je suis foutu, je finirai vieux, seul et triste… Il y a un bruit là, non?  Qu’est ce que je ressens au juste, J’ai peur? non, J’angoisse. Non… Je suis en colère et je ne sais même pas pourquoi. Je bouillonne, j’ai envie d’exploser! 

Je tente de me calmer en dirigeant mon attention sur l’air qui rentre et qui sort de mes narine. J’inspire… Ma fesse gauche me gratte… J’expire… Bordel j’ai froid… J’inspire…. Je me recouvre… J’expire… Le bruit de la ventilation de mon appartement se transforme progressivement en un vrombissement paisible… 

J’ouvre les yeux.

Le petit garçon…
J’ouvre les yeux. Je me trouve à mille lieux de mon lit, visiblement dans une cabine de train avec des sièges en tissu et de la moquette au sol. En face de moi se tient un petit garçon occupé à regarder à travers la fenêtre.

Ce train m’évoque mon enfance, les vacances avec mes parents, mes frères et ma tante lorsque nous partions en Espagne : les au revoir et les retrouvailles sur les quais, l’odeur bizarre des couchettes, les longs trajets le nez collé contre les fenêtres à regarder les paysages se dessiner…

Je me rappelle de cette année où je retournais seul avec ma mère en France, laissant mes frères et ma tante avec la famille espagnole. Je devais avoir entre huit et dix ans. Ma mère, les larmes aux yeux, avait échangé ces derniers mots avec son papa avant de partir et me reprochait de ne pas parler assez espagnol. J’étais le plus jeune de la famille et le plus timide.En y repensant, elle me demandait de grandir… C’est peut être là, à ce moment précis que j’ai laissé derrière moi le petit garçon que j’étais.
L’enfant en face de moi est immobile et regarde les paysages défiler comme hypnotisé devant un écran de télévision. Rien ne semble le perturber et il n’a pas l’air de me voir non plus. En me rapprochant, je m’aperçois que ce ne sont pas des champs, des routes ou des montagnes qui passent, mais des souvenirs; Les miens.

Je revois l’insouciance de mon enfance lorsque je me laissais porter instant par instant vers l’imprévu, lorsque je ne pensais qu’aux jeux, à l’aventure et à mes rêves. Avec les copains, nous n’avions rien et pourtant nous avions tout, car nous nous émerveillions à chaque instant : je me rappelle d’une « guerre » menée avec comme seuls accessoires des bouts de bois et nos bouches pour imiter le bruit de nos mitraillettes imaginaires. Je me rappelle de simples ballades en vélo se transformer en de véritables aventures. On partait sans savoir où on allait mais on était heureux. Je me rappelle des jours banales, des heures qui passent où il suffisait d’un rien pour que tout soit possible, un coup de fil ou un copain qui frappe à la porte avec une idée farfelue mais tellement génial.

Puis un jour une petite voix est apparue, grandissant d’année en année en se nourrissant des moqueries, des critiques, des notes sur vingt, des jugements de professeurs, d’amis et des proches plus ou moins bienveillants. Le monstre derrière ces voix a grandi et pris de plus en plus de place dans ma vie. A chaque mauvaise expérience, à chaque rupture amoureuse ou à chaque fois que je veux aller de l’avant je l’entends me chuchoter à l’oreille que je suis incapable, faible, petit, médiocre, stupide, tête en l’air ou que je n’ai aucun talent… Ce qui était possible avant, mes rêves, mes envies ont disparues petit à petit.

Les images de ma vie tournent de plus en plus vite, je distingue maintenant à peine des fragments de souvenir. Plus les images s’accélèrent plus mon coeur s’emballe. J’ai envie que tout cela s’arrête, que le conducteur du train ralentisse… J’ai peur que le pire arrive.

J’entends une petite musique en fond sonore tandis que le petit garçon s’éloigne avec mes souvenirs. Non, en fait c’est moi qui m’éloigne. Je me fais aspirer, je me débats, j’ai l’impression de tomber dans un trou noir. L’image du petit garçon dans sa cabine ressemble maintenant à une petite télé minuscule au milieu de rien…

Je me réveille en sursaut haletant et en sueur. Il est six heures quarante cinq et une petite voie dans ma tête me dit: 
– Réveille toi feignasse 

Une réflexion sur “Je suis un héros. Chapitre 2

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